Le rôle pédagogique des documentalistes et le rapport Durpaire
Maîtrise de l’information : quelle culture commune pour l’équipe pédagogique ?
Le rapport Durpaire sur la politique documentaire met l’accent sur le concept de système d’information d’établissement dont le CDI serait un élément et un centre nerveux : il prône l’articulation des ressources d’information par des procédures de sélection et mutualisation. « Qu’il s’agisse de la constitution du fonds (acquisition, désherbage) ou de formation des élèves, tout doit être fait pour que les enseignants soient impliqués dans la démarche et dans le travail. » cf. Rapport Durpaire p. 42 . Toujours selon ce texte, la responsabilité de l’éducation à la maîtrise de l’information est l’affaire de toute l’équipe pédagogique : « la pédagogie documentaire ne sera plus assurée par le seul documentaliste et c’est ce qui paradoxalement sauvera la fonction documentaire en la sortant de la marginalité ». cf. Rapport Durpaire p. 44
De nouvelles médiations seraient donc à inventer et à mettre en place au niveau des équipes pédagogiques pour l’éducation à la maîtrise de l’information. Mais il faut se demander ce que recouvrent ces apprentissages. Faute d’une telle approche, les enseignants documentalistes seront cantonnés dans un rôle de prestataires de services (base de données…) tandis que les enseignants de discipline -faute de référentiel propre au champ de l’information - ne traiteront que les savoir faire instrumentaux.
Pour éviter ce cloisonnement actuel et bâtir une véritable culture commune entre enseignants de discipline et enseignants documentalistes, il conviendrait de prolonger le rapport Durpaire par une définition des enjeux, des compétences et des objectifs spécifiques au traitement de l’information. Dans cette démarche, il faut mesurer quel pourraît être l’apport des référentiels d’éducation à l’information signalés sur le site Savoirscdi. (voir aussi les travaux de Pascal Duplessis : Duplessis, Pascal "L’enjeu des référentiels de compétences info-documentaires dans l’Éducation nationale", Documentaliste, Volume 42 : n° 3 / juin 2005, p.178-189).
Problématique n° 1 : quel est le point de vue de l’enseignant disciplinaire vis-à-vis de la maîtrise de l’information ?
L’enseignant se base sur les textes officiels (les I.O.) qui préconisent le recours à des sources d’information comme matériau d’apprentissage : il a recours aux ressources documentaires pour construire un dispositif d’apprentissage et mettre les élèves en situation problème. Au CDI, son objectif premier est de faire acquérir aux élèves des savoirs disciplinaires. Il va évaluer cette acquisition par une production de l’élève. A-t-il aussi défini des savoirs propres à la « maîtrise de l’information », qui se déclinent par des compétences et des modalités d’évaluation spécifiques au champ de l’information ?
Problématique n° 2 : les impasses d’une formation cantonnée aux procédures et aux outils
Faute d’une reconnaissance et d’une intégration des savoirs propres à la maîtrise de l’information au sein de l’Ecole, les enseignants documentalistes mettent l’accent sur la formation des enseignants disciplinaires aux outils de recherche d’information : il s’agit donc d’une entrée par les savoir faire (maîtrise d’un logiciel de recherche documentaire, maîtrise de l’élaboration d’une bibliographie). Dans ce cas de figure, les enjeux intellectuels et les notions propres à la maîtrise de l’information se trouvent réduits à des procédures. Tout se passe comme si désormais le champ d’action des documentalistes se limitait à celui de la gestion documentaire et au transfert de savoir faire liés à la pratique des outils de recherche documentaire. Que devient la dimension du sens ? (lire à ce propos la contribution et les propositions de Jean-Louis Charbonnier, formateur à l’IUFM de Nantes sur le site http://www.ccr.jussieu.fr/urfist/Assises/Apprentissages.pdf)
rédigé par Noël Uguen, enseignant-documentaliste, Lycée Le Likes , Quimper